Les enjeux, par Pierre Souchaud

Oui, une renaissance est possible !

 Pierre SouchaudCertes, la vue du paysage dévasté de l’art en France n’incite guère à l’optimisme, car on y voit les effets de quarante ans d’une politique ministérielle très volontariste en matière d’éradication du sens, du sensible, du dessin, de la peinture, du savoir faire en art au profit d’un non-art conceptuel, discursif et postural …On y voit les résultats de quarante ans de collusion entre l’«esthétique» institutionnelle et celle du marché international du financial-art tout autant destructeur de sens au profit du spectaculaire et du tout médiatique …

Quarante donc d’une « désartification » systématique, qui fait qu’aujourd’hui les valeurs et critères de reconnaissance et de légitimation sont pulvérisés, qui fait que les amateurs d’art, complètement perdus et livrés à eux-mêmes, n’osent plus acheter de peinture de peur d’être pris pour des ringards, ne fréquentent plus guère les galeries ainsi condamnées à fermer les unes après les autres, et qui fait que les artistes occultés et disqualifiés pour 95% d’entre eux par les théologiens bureaucratisés de l’art d’Etat, dit aussi contemporain, officiel et international, sont de plus en plus paupérisés et désespérés…

Et pourtant, jamais la création plastique en France n’ a été aussi abondante, riche, belle et diversifiée, jamais il n’y a eu autant d’artistes d’une telle qualité, d’une telle inventivité et d’une aussi vraie « contemporanéité »…

Alors, il est possible de redonner visibilité à cette richesse, en reconstruisant des systèmes de reconnaissance qui porteront les mêmes valeurs de fond qui existaient il y a quelques décennies, mais qui doivent être adaptés aux réalités complexes d’aujourd’hui. Car si une meilleure utilisation d’internet par les artistes et les galeries est indispensable pour cette reconstruction et cette renaissance, elle ne suffira pas, si elle n’est pas accompagnée d’une remise en question radicale des attitudes marchandes, des modes de monstration, des stratégies des galeries, des égos et « façons d’être » des artistes, et de quantité d’a priori, de postures, de conventions et de stéréotypes qui régissaient le monde de l’art jusqu’à aujourd’hui, et dont on constate l’inadéquation totale aux dures réalités d’aujourd’hui…Le monde de l’art français est un paquebot en perdition, alors il faut que tous les acteurs de l’art vivant cessent de « se regarder en chiens de faïence », il faut qu’ils se solidarisent face au danger de leur disparition , ils faut qu’ils réfléchissent ensemble, qu’il inventent de nouveaux modes d’existence, de partage et de communication.

Active-Art se propose comme lieu d’expérimentation concernant ces nouveaux outils à mettre en place pour cette indispensable et possible « renaissance ». Une stratégie se dessine, les outils sont en place, il n’y a plus qu’à les mettre en œuvre et à les tester en vraie grandeur. Le Club des Ateliers d’Artistes et une des briques de cet édifice, il va permettre à de nombreux artistes de retrouver leur public et les moyens d’exposer…

Pierre Souchaud
Fondateur de la revue Artension